Dragueurs de fond, peche à la morue
Pooooou-ceuh !
Nan mais stop, temps mort, arrêêêtez-vous !
J'veux plus jouer, j'en ai marre, ça va trop vite, et moi, j'y arrive pas.
Voilà.
Si c'est comme ça, j'joue plus.
?
Bon, si, d'accord, mais attendez-moi, hein ?!
Parce que franchement, les amoureux qui s'installent ensemble, qui ont un chat, qui se marient, qui se pacsent, qui s'achètent un chez eux, qui veulent un bébé, qui attendent un bébé, qui vont avoir un bébé, une famille, deux, trois, quatre bébés !
Et le labrador !
Pis des bourrelets, et des rides, ah oui des rides, hin hin.
Voire un divorce, une famille recomposée, des ados qui font chier.
Non, arrêtons-nous au labrador. Ou au premier enfant.
Parfait.
Le bonheur.
Ah, je vois que le cliché est mal cadré, il aurait fallu décaler l'objectif un peu plus à gauche, là, tu vois, le bout de coude , c'est le mien.
Non, tant pis, la prochaine fois ce s'ra la bonne.
Io non ho mani che mi accarezzino il volto(Je n'ai pas de mains qui me caressent le visage),
série de Mario Giacomelli (1953-1963)
"La prochaine" (je m'auto-cite, tu permets), ah ah "la prochaine", qu'est-ce qu'on rigole, surtout que j'fais pas collection, alors côté séduction, tu vois, j'suis à niveau 2, débutant confirmé.
Niveau 0, c'est même pas la peine d'espérer une interaction positive,
Niveau 1, débutant, c'est le socialisme de base, "bonjour", "merci", "au revoir"
pis Niveau 2, c'est moi (bien que niveau 2 et Madame Bovary n'aient aucun rapport, même sexuel).
Je fais des sourires, je dis des compliments quand je les pense et au moment où je les pense, je suis très polie (je dis "je vous en prie", ça leur rappelle le bon vieux temps aux mémés, l'époque où les jeunes étaient bien éduqués, comme elles, c'étaient elles d'ailleurs. Euh, attends là, serais-je une mémé ?).
Jusque là, tout va bien, sauf qu'y en a, ça les énerve.
Pourquoi ?
J'ai mis l'temps, mais je crois avoir une piste.
Parce qu'être naturellement sympa, c'est draguer. 'Y a des filles qui ne supportent pas que je le sois avec leur mec (donc dans un endroit mixte, je ne parle qu'aux filles) et 'y a même un mec qui ne supportait pas que je le sois avec le vendeur de kébabs (pourtant, ça m'intéressait vraiment de savoir ce qu'il mettait dans sa sauce blanche).
Je suis donc une dragueuse malgré moi, le genre des qui courent la campagne, celles qui demandent des nouvelles de la famille, et "Madame Machin, est-ce qu'elle va mieux ?" "Oh, elle vous va bien cette couleur", etc.
Sauf que.
On est à Paris ma p'tite greluche !
Du coup, j'suis toute paumée, soit je suis naturelle et je cours le risque de passer pour une allumeuse, soit j'me tiens et j'me sens pas bien.
Sans compter les dragueurs professionnels, si t'es une fille et qu't'habites une grande ville, tu vois d'quoi je parle, ces mecs qui te sifflent au feu rouge, qui te balancent leur phrase fétiche en te croisant ("mmm, t'es bonne, toi", "c'est mignon, ça", "vous êtes ravissante mademoiselle", "très charmante", et une pensée émue pour le "euh, bonjour" trois mètres plus loin, de celui qui s'entraîne), qui s'attablent aux terrasses de café entre copains et matent tout c'qui bouge (j'ai eu 13/20 hier midi, je baisse), et puis ceux qui viennent s'asseoir juste à côté de toi quand tu bouquines, à entamer la discussion (la pire des situations en ce qui me concerne vu que je suis sympa : je réponds, et après, c'est l'horreur, soit je continue à discuter en me demandant à quel moment il va passer à la phase "questions perso", soit je coupe-court direct, ouh la méchante, quoi).
Pire, le suiveur de sortie de ciné, la ville, la nuit, les petites rues, "il vous a plu ce film ?" Ahhhhhhhh courage, fuyons ! (alors qu'en fait, c'était pt'être l'homme de ma vie !?)
'Y a des jours, tu vas pas m'croire tellement c'est d'la folie oversidérale, j'évite de sortir de chez moi pour pas croiser un de ces énergumènes.
Et 'y a des jours où un "je vous trouve très jolie, vous savez" m'accroche un grand sourire :)
Ah la la tous ces codes qu'il faut apprendre pour vivre dans la jungle urbaine, savoir se comporter juste comme il faut, sympa a minima, le regard franc mais pas trop dans les yeux, pour ne pas s'entendre dire qu'on est une "sale pute, va !", avoir des relations humaines avec les gens de son quartier sans attirer le p'tit boulet du coin (j'ai une grande expérience en la matière, les lettres anonymes de C. C. du collège adressées à mes parents pour louer tous les mérites de leur fille (moi, évidemment), ou le camarade de lycée-cycliste du dimanche, venu me rapporter la gomme que je lui avais prêtée en cours, à 8h du mat', "en passant dans l'coin" (il habitait à 15 km de là...)).
Alors au final, j'suis assez mal barrée pour dépasser le niveau 2 sur l'échelle de la séduction, ça risquerait de devenir ingérable c't'affaire-là.
Et je sais que jamais je ne jouerai au niveau 5, à me maquiller et à m'habiller indignement (oui, ça va parfois jusqu'à l'outrage à la dignité humaine, je trouve) comme devant chez Regine le jeudi soir, entrée gratuite pour les filles, au programme trois strip-teaseurs, et ensuite on ouvre les portes aux hommes.
Je ne voulais pas y aller, mais ça faisait partie du programme d'enterrement de vie de jeune fille (ne va aps croire que c'est le mien), alors zou ! Eh bien sache que quand la plus jolie d'entre-nous a fait signe au videur qu'on avait réservé, qu'il nous a toutes reluquées et fait signe d'entrer, il a placé son bras derrière moi et dit "non, celle-là, elle passe pas". "Celle-là", elle était peut-être un peu plus grosse que la moyenne, mais loin d'être moche. Mais pas désirée dans un endroit où le but est d'attirer des mecs prêts à payer cher pour voir des filles de magazine ou presque et prêtes à beaucoup. Alors on a toutes fait demi-tour tandis qu'un autre groupe de filles entrait, sauf deux, elles se reverraient à la sortie...
Donc j'attends patiemment et passivement que le Prince charmant vienne me faire essayer une tong, voir si ça colle, en priant pour qu'il ne se transforme pas en crapaud ce guignol, ou alors oui, mais vite fait, parce que j'ai pas que ça à faire d'aimer un bellâtre si c'est pour qu'il me dise qu'en fait, il préfère s'occuper du Septième Dragon ou s'éclater avec Peau d'Âne.
J'ai déjà donné dans la Princesse au p'tit pois.
Surtout qu'ça n'm'empêche pas de me faire draguer par la caissière qui m'indique une promo deux-pour-le-prix-d'un pour ce produit dans mon panier, ni de me faire séduire par le vendeur de bonbons qui m'offre un carambar pour mon joli sourire, et j'apprécie l'air absent du facteur quand il me monte un colis à 7h30 et que je lui ouvre en nuisette un peu transparente (c'est pas moi, c'est ma cousine qui m'la offerte) en priant pour que mes seins ne pointent pas trop avec le froid qu'il fait... (ouais, c'est dur la vie d'une greluche)
Et je vais voir et revoir Breakfast at Tiffany's*** (Diamants sur canapé pour les massacreurs de titres de nouvelles dont s'inspire le scénario) de Blake Edwards (1962) avec la ravissante Mademoiselle Audrey Hepburn et George Peppard futur Hannibal de l'Agence tous risques.Parce que c'est tout ce dont j'ai besoin en ce moment : de la fantaisie, de la beauté, un chat et un peu de vrai :
"You know what's wrong with you, Miss Whoever-you-are? You're chicken, you've got no guts. You're afraid to stick out your chin and say, "Okay, life's a fact, people do fall in love, people do belong to each other, because that's the only chance anybody's got for real happiness." You call yourself a free spirit, a "wild thing," and you're terrified somebody's gonna stick you in a cage. Well baby, you're already in that cage. You built it yourself. And it's not bounded in the west by Tulip, Texas, or in the east by Somali-land. It's wherever you go. Because no matter where you run, you just end up running into yourself."
Les Cowboys fringants, "Les étoiles filantes"
La musique, c'est dj Grabeuz, 'paraît qu'ça lui donne envie "de danser comme les majorettes de Pologne qui viennent déguisées en brésiliennes à la fête des fleurs de Cayeux-sur-Mer (80400)", va savoir pourquoi :)
- ♪Si je m’arrête un instant
Pour te parler de la vie
Juste comme ça tranquillement
Pas loin du Carré St-Louis
C’est qu’avec toi je suis bien
Et que j’ai plus l’goût de m’en faire
Parce que tsé voir trop loin
C’pas mieux que r’garder en arrière
Malgré les vieilles amertumes
Et les amours qui passent
Les chums qu’on perd dans l’brume
Et les idéaux qui se cassent
La vie s’accroche et renaît
Comme les printemps reviennent
Dans une bouffée d’air frais
Qui apaise les cœurs en peine
Ça fait que si un soir t’as envie de rester
Avec moi, la nuit est douce on peut marcher
Et même si on sait bien que tout dure rien qu’un temps
J’aimerais ça que tu sois pour un moment…
…mon étoile filante ♫












