Mythomamie
Ouh la, ça fait plus d'un mois que j't'ai pas parlé de mes aventures Mary Poppinesques sans parapluie (j'en ai marre de perdre mes parapluies, je mise donc sur le beau temps toute l'année et une serviette-éponge dans mon sac), il faut y remédier.
Tu l'as sans doute compris si tu suis - et t'as intérêt vu que la fin de l'année arrive à grands pas, vacances de Pâques, 3ème trimestre, évaluation AH AH ! - , si tu suis, donc, t'as remarqué que cette année j'ai quitté la famille militaro-cool et ce, par excès d'optimisme, sans même imaginer passer par la case ASSEDIC-ANPE, avec rendez-vous mensuel à la con vu que je touche que dalle d'indemnités (c'est ça de servir des crêpes au black et d'avoir des parents extrêêêmement riches (tout est relatif, certes, j'ai réussi l'exploit ce mois-ci d'arriver à la fin du mois le 17)), j'y vais juste par principe, c'est mon engagement politique : être comptée parmi les demandeurs d'emploi.
En fait j'y vais pas : à chaque fois j'suis convoquée le mercredi après-midi, en plein baby-sitting régulier, dans c'cas mademoiselle, 'faut nous envoyer (paye ton timbre, oui, j'en suis arrivée à faire gaffe aux timbres : répondre à des offres d'emploi et envoyer des candidatures spontanées, ça coûte cher à la longue. Et c'EST long), 'faut nous envoyer, disais-je, une copie de votre contrat et on vous redonnera un autre rendez-vous. Sauf que j'ai pas de contrat vu que je suis payée en chèque-emploi-service APRÈS le service, donc j'appelle comme une fleur à l'heure du rendez-vous et ma gentille référente me dit qu'à l'accueil, t'façons, ils sont cons, que je fais tout très bien mais que c'est un peu crétin de rester à l'ANPE et aux ASSEDIC vu que j'y gagne rien, puis elle me fixe un nouveau rendez-vous dans un mois, un mercredi après-midi, et me souhaite bon courage.
Ouais d'accord.
Quoi qu'il en soit, j'ai bien fait de quitter la famille des dingos, même si j'ai parfois le sentiment d'avoir lâchement abandonné les enfants à leur marâtre de mère peace & love (c'est une artiste le week-end : elle colle des CD sur des toiles tartinées de toutes les couleurs c'te ouf, par contre, greluche, j'ai vu que vous aviez acheté deux baguettes comme je vous l'avais demandé, où est le ticket de caisse ?).
Bon, et donc maintenant, rebelote, je garde des enfants chez Monsieur et Madame Sweetlove : deux filles de 8 et 9 ans, un garçon de 6 ans.
"Ma petite greluche, mercredi prochain, les enfants ne seront pas là, c'est l'arbre de Noël de mon entreprise, mais bien entendu, je vous compterai ces heures" (et hop, 100€ dans la poche).
Le truc, c'est que j'ai comme l'impression qu'au jeu des 7 familles, Dieu s'est un peu trompé, les enfants ne sont pas souvent sweetlove, et je l'ai compris dès le premier jour quand en fin de journée, après avoir bien joué et avant d'aller à la douche, je demande à la grande de ranger les Playmobils avec nous. Je demande à la grande de ranger les Playmobils. Je demande à la grande les yeux dans les yeux de ranger. Je hurle demande fermement à la grande... "Ok, va dans ta chambre alors, j'en toucherai deux mots à tes parents" et elle de répondre : "Ouh toi, tu vas pas tenir longtemps !" (et elle est allée dans sa chambre, ouf).
Le ton est donné.
Après 'y a eu ça, entre autres.
Heureusement, je raconte des histoires de greluche à un p'tit mec qui rêve de devenir astronaute.
Astronaute, c'est bien, surtout pour la baby-sitter, parce qu'avec un projet comme ça, on a plutôt intérêt à être intelligent (bien respecter les interlignes quand on écrit sinon, c'est sûr, copier 4 fois "cochon" ça prend 3 lignes), grand et fort (finir sa viande et sa ratatouille - ne pas lécher la table), en bonne santé (les fruits pour les vitamines et fous ta cagoule), et maître de soi (et de sa trottinette, éviter les poteaux et les mémés).
Et donc, parce que c'est là que je voulais en arriver dès la première ligne de cet article, j'ai un peu de mal à synthétiser on dirait..., et donc un après-midi, depuis une heure dans le vaisseau spatial (des chaises, des boîtes, le synthé), je commence à en avoir légèrement marre de toujours devoir sortir pour aller réparer la navette pendant que le commandant est tranquillement en train d'essayer d'éviter les soleils, alors je dis :
"Allez, stop, je joue plus, j'suis fatiguée (ce qui est vrai vu que j'avais enchaîné lever tôt + 1h de nage + offres d'emploi du mercredi + 1/2 heure de marche + préparation du repas + cadrage de tout le monde + débarrassage éducatif + accompagnage de l'une à la chorale, de l'autre au Basket)
- MAIS NON, T'ES LA BABY-SITTER, TU JOUES !
- Non, j'suis trop vieille, j'ai plus la force
- Hein ? T'as quel âge ?
- 85 ans
- ?! On dirait pas !
- Je sais, on dirait que j'ai 25 ans mais en vrai, j'en ai 85, c'est pour ça, je suis fatiguée
- Comment ça se fait ? T'es plus vieille que Maman ?
- Oui, elle pourrait être ma fille ta maman. C'est parce que quand j'avais 25 ans, en 1946, juste après la guerre, je voulais pas vieillir, alors tous les matins, je buvais un verre d'huile, et encore aujourd'hui.
- Un verre d'huile ? C'est dégoûtant !
- Oui, mais ça marche
- Mais si t'as 85 ans, t'es une mémé, t'as des petits enfants ?
- Oui, bien-sûr, j'ai des enfants aussi.
- Et t'as un mari ?
- Oui, mais il est mort, ça fait 5 ans déjà. J'ai un fils aussi qui est mort :(
- Ah..."
Deux semaines plus tard, je propose qu'on aille passer l'après-midi au parc pour profiter du soleil.
Alors il me demande :
"Mais ça va aller, tu vas pas être trop fatiguée ?
- Bah non, pourquoi ?
- C'est un petit peu loin, et comme t'es vieille...
- (j'éclate de rire, je ne pensais pas qu'il avait vraiment cru à mon histoire) Ah mais non, tu sais, j'ai arrêté de boire de l'huile tous les matins
- Pourquoi ?
- Parce que c'est trop triste la vie, toute ma famille meurt, et moi, t'imagines, dans 200 ans j'aurai encore 25 ans, c'est plus très marrant au bout d'un moment...
- Mais t'es jeune là !
- Oui, j'ai l'air d'avoir 25 ans et à partir de maintenant, je vais vieillir normalement, l'année prochaine, j'aurai l'air d'avoir 26 ans et en vrai j'en aurai 86.
- Ah. (silence) C'était quoi la marque de ton huile ?
- J'te l'dirai pas, c'est trop de malheur."
Conclusion : j'aurais dû lui dire que le produit magique, c'était les brocolis. Et de pas lécher la table.




















