Transat antique (1)
De l'amour...
Comme le mentionnent si bien les affiches parisiennes, "Canicule ? Prenez des nouvelles fraîches de vos voisins".
J'ai donc pris soin ces derniers temps de ne pas adresser la parole à qui que ce soit dans mon quartier, surtout pas aux mémés.
Mais quand même, j'en ai besoin moi, de ma dose de vieilleries, alors hop, j't'embarque encore une fois au pays des bobines pas toujours bien restaurées, des fauteuils interdits aux moins d'1,50m, de l'absence de pub avant le générique et de la lumière qui s'allume direct après "The end", allez dégagez, séance suivante !
Ca commence par la Strada (1954) que j'ai enfin vu, depuis l'temps.
Avec une bonne leçon : ne jamais se fier à une affiche, aussi laide soit-elle, pour fuir un film pourtant réputé super trop bien, au contraire, fais confiance au réalisateur et à toute sa clique, en l'occurrence Fellini (période encore empreinte de néoréalisme de Il Bidone*** (1955) et des Nuits de Cabiria**** (1957), pas encore dans l'introspection mélancolico-loufoque de la Dolce Vita*** (1960), Huit et demi****(1963) ou Amarcord**** (1974)), avec sa chère Giuletta
Masina-Gelsomina que je n'ai jamais trouvée franchement belle et c'est pas plus mal : elle est pas là pour ça mais pour jouer, à merveille, et t'émouvoir d'un simple coup d'oeil. Sans oublier Anthony Quinn (qui avait remporté l'oscar du meilleur second rôle masculin deux ans plus tôt pour Viva Zapata ! d'Elia Kazan).
L'histoire importe peu, l'essentiel est dans le ressenti, l'innocence, la détresse, la bonté, la cruauté, la tendresse, la solitude... et c'est réussi.
Donc La Strada**** (1954) de Federico Fellini, avec une étoile retirable si à l'Accattone, ils ne changent par leurs "sièges", non mais !
On reste en Italie avec Antonioni qui commence à s'éloigner du néoréalisme pour s'essayer au triturage de cerveau et tenter de comprendre quelque chose aux relations de couple. Il a l'honnêteté de ne pas donner de réponse (zut), mais le cynisme de nous montrer comment ça s'passe, et voilà, ça recommence, j'en était sûre, l'amour et l'eau fraîche ça suffit pas, l'ennui s'installe, et 'y en a toujours un pour aller voir ailleurs et une pour jouer la p'tite victime, qui jure qu'on ne l'y reprendra plus, ne ho abbastanza (ça veux dire "basta, ça m'saoule" en version classe noir et blanc).
Vu que c'est compliqué l'amour, Antonioni nous a sorti la quadrilogie avec toujours la présence de son égérie, l'élégante Monica Vitti :
- L'Avventura (1960)
- La Nuit*** (1961) avec Jeanne Moreau que j'adore et Marcello Mastroianni moins drôle que chez Fellini
- L'Eclipse*** (1962) avec Alain Delon époque complètement trop beau, et un réverbère absolument bouleversant
(c'est vrai en plus).
- Le Désert rouge (1964), le seul des quatres en couleurs et que je n'ai pas vu.
Là, il est question de l'Avventura, un film que Stone et Charden n'ont pas dû voir parce que je vois pas très bien le rapport. Ou alors ils l'ont vu, au début, et puis ils se sont endormis. Parce qu'Antonioni a beau avoir reçu à Cannes le prix spécial du jury "pour sa contribution remarquable à la recherche d'un nouveau langage cinématographique", l'effet soporifique n'en est pas moins grand.
Oui c'est beau, oui c'est bien filmé, oui les jeux de lumière sont subtiles, oui c'est bien joué, oui les dialogues sont justes et bien écrits, oui oui oui et sa petite voiture jaune et rouge-euh.
Mais c'est assommant. Voilà.
Et un peu long (2h15)... ça fait peut-être partie de l'effet recherché ?
On pourrait dire ça aussi de l'Eclipse et de la Nuit, et pourtant, je les ai beaucoup aimés.
Tant pis pour les îles Eoliennes, ça avait l'air sympa pourtant.
L'Avventura** (1960) de Michelangelo Antonioni.
L'incommunicabilité dans le couple encore, avec Le Mépris** (1954) d'Alberto Moravia. Oui, là je parle du livre et pas du film réalisé par Godard en 1963 avec Brigitte Bardot et Michel Piccoli, et même Fritz Lang qui joue son propre rôle de réalisateur.
Ce roman-prise de tête psychologique se lit assez légèrement dans la mesure où le narrateur se charge de se torturer l'esprit pour trouver quel moment a pu signer le début de la débandade entre le héros et sa toute jeune femme. Toi, lecteur, t'es peinard, t'attends de voir ce qu'il va bien trouver, la tâche n'étant pas facile vu que Madame reste silencieuse, moqueuse, et finalement méprisante.
Une vision assez pessimiste somme toute, située dans la province de Naples, sur l'île de Capri... C'est pas fini.


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