3615 Cinéma rien d'bad
Ouop réveille-toi, j'avais pas fini ! Oh bah non, eh, c'est important quand même, 'faut qu'j'te parle d'un film ovni, du genre chef d'oeuvre profondément ennuyeux, la beauté soporifique.
Je savais que ça allait te plaire.
D'abord, la musique pour l'ambiance
Ensuite, le titre : L'année dernière à Marienbad d'Alain Resnais (1961) avec Delphine Seyrig, Giorgio Albertazzi et Sacha Pitoëff.
Puis la bande-annonce-parfaitement-la-couleur.
Enfin, la tartine.
Quelque part, un homme, une femme, un autre homme, des gens. Le récit, la fiction dans le récit, le rêve, la réalité dans la fiction, tout nous échappe, tout se fige.
Se raccrocher aux détails, le vide onirique, se perdre dans les décors baroques, grandiose.
La parole incantatoire, la musique comme guide à l'envoûtement, l'orgue pesant, le silence.
Noir Blanc Ombres.
Raffinement.
Folie.
Désorientation.
A l'image du jeu de Nim, récurrent, la relation entre un homme et une femme est posée comme une énigme, à la fois fruit du hasard, tout en étant probablement contrôlable, mais comment ?
De nombreuses clés sont proposées, valables ou illusoires, à nous de choisir dans ce scénario à tiroirs, le film dont vous êtes le héros.
Le principe, s'il en est, destabilise et l'on hésite à se laisser-aller, se faire porter par les images et le son, peu importe le sens, mais l'ennui guette et il s'avère nécessaire de s'engager dans une quête du sens, comment ça marche, qu'est-ce que ça veut dire, que s'est-il vraiment passé ?
Aussi indiqué pour dormir que pour s'agiter les neurones, à chacun son film.
D'où le mérite du montage, un semblant de puzzle dont a dû s'inspirer David Lynch pour Mulholland Drive*** (2000) notamment. On pense à 8 1/2**** de Federico Fellini (1963) pour le décor de grand hôtel propice aux défilés mondains et ce qu'ils favorisent d'échos sinueux dans la mémoire, également à quelques films de Bunuel et sa façon de filmer l'incompréhension, l'inattendu, le bouleversement des repères (et des règles).
D'une manière plus diffuse, on est renvoyé aux oeuvres de Magritte, de Marx Ernst, de Chirico...
Une hypothèse pertinente, celle de la métaphore du réalisateur et de l'actrice : elle incarne ce que le réalisateur lui indique, son passé est celui qu'il lui façonne, encore faut-il qu'il se soit décidé. Elle est ici ce que le spectateur choisit, il est le réalisateur, le film ne peut donc qu'être reçu positivement par la critique, malin !
Côté déco, ça donne L'année dernière à Marienbad***✝ et ça inspire Blur, "To the end":
N'oublions pas que le scénario est signé Alain Robbe-Grillet, chantre du Nouveau Roman qui passera très vite derrière la caméra, encore cette année avec Gradiva, un truc apparemment assez spécial dont aucune des critiques entendues ne m'a donné envie d'aller le voir. Mais je garde le souvenir de l'interview d'un homme à la fois sûr de lui et difficile à suivre, imposant de flou... c'est sans doute ce qui compose son talent, du moins pour Marienbad.
A voir, pour le vivre.


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