De Warszawa à Krakow
Mes journées, mes semaines, mes mois, mes années de chômage sont de temps en temps entrecoupées de vacances, quelques jours durant lesquels ma mauvaise conscience me laisse un peu de répit. Et donc pendant les vacances de Pâques, parenthèse forcée par mon faux travail de vraie baby-sitter d'enfants scolarisés, j'ai donné rendez-vous à Varsovie à Tina, ma copine allemande rencontrée au Vietnam.
Tu pourrais pas faire plus simple, greluche ?
Bah justement, c'était le plus simple parce que mon Papa travaille à Varsovie (nan, j'te l'avais pas dit, hein) et que celui qui le commande veut bien que j'y aille quand je veux (c'est une stratégie pour améliorer la productivité des salariés heureux en famille, et aussi d'Air France), et parce que Tina habite à Berlin, donc pas très loin en fait.
Bon, à Varsovie, on n'a pas traîné, les musées, je connais, Promod, Carrefour, Leroy-Merlin et Sephora, je connais, un p'tit tour dans la vieille ville (entièrement reconstruite après la destruction du tristement célèbre ghetto de Varsovie et l'insurrection de la ville ensuite prise en étau entre les Nazis et les Soviétiques), un saut à Wilanow vu le beau temps et hop, en train pour Cracovie.
Là, on a pris notre temps, je n'étais jamais venue : je m'arrange toujours pour aller en Pologne quand il fait moins de 5°C aux heures les plus chaudes, quand la nuit n'est pas encore tombée, donc le week-end à Cracovie était toujours remplacé par un thé brûlant devant TF1 - un jour, 'faudra que j'te parle de la télé polonaise, des épisodes de Friends ou des Schtroumpfs diffusés en version originale avec par-dessus la charmante voix monocorde d'un ancien du KGB qui fait les dialogues. Tous les dialogues. Y compris pour les films érotiques (c'est pas ma faute, je zappais).
Bref, Cracovie.
Charmante ville visitée dans des conditions idéales : joli petit ("petit" au sens stalinien, s'entend) hôtel dans le centre historique repéré d'avance par Maman - c'est un peu son quartier général cette ville -, grand soleil, et surtout une copine que j'étais ravie de retrouver avec son parler français n'importe-comment-en-toute-liberté et ses manies de photographe pour prendre une plaque d'égout, Claudia Schiffer en 8 par 6, mes pieds (en phase d'adaptation à des chaussures neuves qui n'ont pas l'air de vouloir s'adapter, elles).
On s'est beaucoup promenées en se racontant nos vies, professionnellement en attente, affectivement en suspend, et antérieurement très différentes : Tina a grandi en DDR-RDA et la Pologne, malgré son avancée fulgurante dans le monde capitaliste, lui rappelait souvent son enfance avec des caissières communistes (ne disent pas bonjour), des trams communistes (en conserve), des gamins communistes (défroqués, "roumains" diraient les Français ?), des décors intérieurs communistes (communistes, quoi), c'était drôle cette façon qu'elle avait de critiquer affectueusement, oui, la vie n'était pas clinquante, ses parents travaillaient sans entrain, sa famille était séparée de part et d'autre du mur, et sa blouse des jeunesses communistes était affreuse, mais elle ne connaissait pas "l'avant", et elle vivait dans une jolie maison à la campagne :).
Et puis on a traîné au château de Wawel, visité quelques églises, pris le soleil à la terrasse d'un des cafés bordant la place du Rynek, dégusté des sushis ultra frais, mené une expédition jusqu'au musée de la photographie (que personne ne connaissait
si ce n'est l'auteur du guide allemand, et pour cause : rien à voir, arrivées à 15h30, on était les premières de la journée à qui on ouvrait les portes et on allumait les lumières), pris le soleil à un autre café du Rynek avec toujours ces bandes de garçons de 7 à 20 ans, plus ou moins, surtout moins, doués en hip-hop-street-dance-sur-la-tête-sur-les-pavés (nos petits rappeurs érotiques dans le métro, quoi, mais en beaucoup moins bruyants, ouf !), et retrouvé mes parents.
Et pris le soleil à une autre terrasse (c'est l'effet cadran solaire, on peut deviner l'heure qu'il est en fonction de là où se trouve le plus grand nombre de personnes attablées au soleil).
Ces deux jours se sont terminés par la visite du quartier de Kazimierz, l'ancien quartier juif historique au sud duquel a été établi le ghetto de Cracovie, au coeur de l'intrigue de la Liste de Schindler de Spielberg (l'usine de Schindler est plus loin, en dehors du ghetto).
L'ambiance était calme, mêlée de la douceur rouge du soleil couchant, des murs noircis par la pollution depuis l'âge industriel, des vieilles maisons conservées intactes d'abord par l'oubli après-guerre, et maintenant pour le souvenir, des synagogues-musées, des rues pavées d'un autre temps et bien d'autres choses que nous n'avons pas vues : Papa avait faim.
Et là, c'était pour le plaisir des sens : sur la jolie rue-place Szeroka, quelques restaurants proposent de la cuisine juive traditionnelle dans un cadre authentique et surtout, avec des musiciens jouant de la musique klezmer. En petit, ça donne ça : (j'ai rétréci la taille exprès, ma mère est trop moche)(non, je déconne)
Sinon, faire du tourisme en Pologne, c'est à la fois divertissant, enrichissant mais aussi plus grave, impossible de ne pas penser aux événements de la Seconde Guerre Mondiale. Maman y est très sensible, elle a visité tous les lieux de mémoire, même Auschwitz (juste à côté de Cracovie), plus d'une fois. Personnellement, je n'y suis encore jamais allée, et là, avec Tina, je n'y tenais pas.
Mais même en voulant mettre tout cela au passé, il est difficile de ne pas se rendre compte de la montée nationaliste et antisémite actuelle : en plus des propos antisémites et révisionnistes de Radio Maryja, la "Jeunesse de la Grande Pologne" parade à la mode néo-nazie et ce n'est pas le gouvernement ultra conservateur des frères Kaczynski qui freine les élans anti-homos de ce pays catholique dont on a pu voir la piété des plus jeunes à la mort de Jean-Paul II. Evidemment, le tableau n'est pas toujours si noir, mais une manifestation très encadrée en plein samedi après-midi au beau milieu de la place si touristique du Rynek nous a glacées toutes les deux, Tina et moi, et ces Israëliens ayant couru se cacher dans les cafés...


3 rebondissement(s):
M. Marcinkiewicz, premier ministre polonais – déclaration à l’édition polonaise du magazine Newsweek : « la propagation de l’homosexualité entrave la liberté des autres citoyens (…) Si une personne tente de contaminer les autres avec son homosexualité, l’Etat doit intervenir contre une telle entrave à la liberté (…) L’homosexualité n’est pas naturelle. Ce qui est naturel, c’est la famille, et l’Etat se doit de protéger la famille ».
Mais qu'est-ce que c'est que ces notes qui apparaissent comme ça d'un seul coup en plein milieu (j'adore en fait) !
Le passage sur le comunisme m'a fait penser à une phrase dans "Le sabotage amoureux" d'Amélie Nothomb, alors qu'elle arrive en Chine à l'âge de 5 ans : "Un pays communiste est un pays où il y a des ventilateurs." (je t'en conseille vivement la lecture si ce n'est pas déjà fait).
Sinon, Poutine Girl et toi, allez-vous monter un club de jolies blogueuses qui font de belles photos et aiment aller à la piscine ?
Poutine Girl > Oui, aussi... :/
Et plus légèrement, bienvenue à la p'tite nouvelle :)
Franck > les bouquins d'Amélie Nothomb comptent parmi les rares que je puisse lire à la plage, un mélange de gravité, de drôlerie et de cynisme dans un petit format qui fait qu'on en voit vite la fin, un peu comme les cahiers Passeport, la satisfaction d'avoir fait ses devoirs de vacances sans se prendre la tête.
Reste à savoir quand se passeront mes prochaines vacances à la plage...
Et merci pour le commentaire sur Poutine Girl, je n'avais pas vu la redirection d'un blog à l'autre, c'est mieux comme ça :)
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