12 décembre 2006

Passage en revue de Combat*

En attendant que je finisse au moins un des articles ciné commencés depuis deux mois, que je ressemble pour de vrai à Laure Manaudou à commencer par le dépoilage (oui, promis, j'le fais demain matin, ça m'rappellera Hanoi, là où je l'ai fait pour la dernière fois...) et éventuellement que je trouve un travail digne de mois (n'importe quoi fera l'affaire), je te soumets ce soir un petit tournoi de fight blogging.

Qu'est c'est qu'c'est ?
C'est très simple : tu vas sur Google Fight, et tu te mesures à moi, la greluche. Celui Celle qui mesure 1 mètre 61 gagne un bon pour être mon amie de temps en temps (ça dépend de comment tu t'habilles en fait, je suis très sélect).

Pour t'éviter de rigoler tout seul dans ton coin, je te propose ici de consulter quelques résultats sans déserrer les lèvres (là, j'ai envie de faire une blague graveleuse, mais j'ai un standing à tenir, je laisse kir ou les courants d'air faire).

Alors prête-moi ton attention, j'te la rends à la fin, voici, tadadam dadam !...

les 10 blogueurs qui m'eclatent a plate couture

    10. gamin, au succès incontesté puisqu'en tapant "gamin" sur Google pas trop fort quand même, il est le premier. Comme quoi être gaucher de la souris, c'est pas toujours un handicap
    9. boulet, lui aussi number one dans sa catégorie, je m'incline volontiers (et là, je me retiens de répéter un scoop sur lui et un certain personnage chicou, ce ne sont que des bruits qui courent)
    8. alix, la femme de Pierre Richard (c'est pour ça qu'elle est là, elle lui doit tout j'crois bien)
    7. kek, le grand gourou des jeux débiles, des bd cruelles et de tout c'qu'il touche en fait
    6. kir, ah ouais, tu peux faire la fière, on peut vraiment devenir une star avec un peu de tout et beaucoup de n'importe quoi. Ca m'dégoûte (on dirait Miss France)
    5. damned (mais si je remplace par Clotka, Flan, Olgasme et Goupil, ça vole pas plus haut qu'un joli slip Paf & Hencule)
    4. cali, la graphiste, illustratrice, peinturlureuse et gribouilleuse de talent, dont le blog vient devant celui du chanteur, oh la la. Ca prouve bien qu'elle est géniale, et que donc si tu es un bon agent, tu peux lui proposer tes services. Si tu as du bon argent aussi, elle te tirera sans doute le portrait avec plaisir :)
    3bis.franck, d'où l'intérêt de choisir un pseudo très usité ou d'écouter du rock à Brenthonne-les-vaches
    3. dieu mais c'est pas trop du jeu
    2. heidi certainement grâce à la pub que je viens de lui faire dans le post précédent, et je me sens toute chose, tel le pygmalion des Delpech Mode

    et enfin, l'Ancienne, la star de la blogure depuis des lustres ('y a qu'à voir le carrelage de sa cuisine pour dater la chose), la plus gentille parmi mes trois lecteurs et demi qui sont très gentils aussi, revenez !...

    1. angel, qui fait s'envoler les scores : 196 millions de résultats donnés par Google !
Tu noteras que Loïc Le*meur ne figure même pas dans ce classement, ah ah ah, j'me marre !

Bon, on a bien rigolé, maintenant, place à ceux que je lamine avec un plaisir non dissimulé.

le top 10 (enfin 6) de ceux dont je marrave le joli p'tit minois

    1. badibuh, qui nous fait un minable 990, ah comment il est trop nul, même pas cap de trouver un pseudo hyper répandu ! Ca t'dérange pas d'être mis k.o. par des milliers de gens, et même des filles, même des greluches ?
    2. dodinette, pareil, qui est-ce qui m'a fichu une originale pareille ? Comment veux-tu faire le poids face à moi ? Par pitié pour les dodinous et par amour pour le Québec, j'essaierai d'éviter d'emprunter le même chemin que toi. Ne me remercie pas.
    3. bobzeflash, comme quoi c'est pas parce qu'on poste souvent qu'on gagne au combat, ah ah, tu l'avais pas vu v'nir hein, ce p'tit crochet du gauche ?!
    4. capu & libon, mais où êtes-vous ? mon couple rêvé me manque si vous saviez, la p'tite Lenka aussi, et Lapin, le chat, ohhhhh <)
    5. chypor, voilà, t'es dans l'caca jusqu'au cou mon bon ami
    6. abraham kadabra, comment je suis CONTENTE de te latter, si tu savais mon connard :*
Et après cet intermède-plaisir, place à mes rivales directes, celles avec qui il est difficile d'en découdre, on joue à armes égales, chacune dans sa catégorie (bon, j'ai pas encore trouvé la mienne, si t'as des idées, n'hésite pas à m'en faire part).

Les 4 pour la photo-finish

  • del4yo, plutôt très douée du photoshop, ça fait des carnets magiques, des chiyogamis de rêve et des petites poupées expérimentales (tu peux même y planter des aiguilles)
  • drenka, qui se bat avec string et talons aiguille - mais dent toute pourrite >)
  • princesse capiton, qui exagère sans doute ses bourrelets, ça m'fait même pas peur
  • et enfin ma chouchoute, la douceur d'un ongle incarnée, la féline (oui, j'enfonce le clou, 'y a écrit quoi sur ton affiche ?!) lovely goretta... ça va griffer sur le ring (je t'aime).

Pour finir, sois pas vexé si t'es pas cité, j'ai fait une bonne cinquantaine de combats, 'fallait qu'je trie, t'avais qu'à être très très fort ou très très nul ou très très comme moi.
Et j'te rends ton attention :)


*rapport à ça

10 décembre 2006

C'est bon pour les papys

Une note spéciale pour montrer que même si on n'excelle pas dans l'art du bullage d'images ni dans celui de la cuisine dans un cube, on peut avoir des chances de Le garder pas trop loin de soi, des fois.
(ou comment t'envoyer voir un peu du côté de chez Heidi qu'est revenue, même si elle doute de mes talents culinaires, cette canaille)
(ok, c'est aussi pour éviter les courants d'air après la note d'avant)

Tarte tatin, et voici la recette bidouillée à partir de ce dont je me suis délectée au Laos, le

Poulet au curry rouge et lait de coco


Ingrédients pour 2 gros mangeurs ou 4 fille minces :

  • 1 oignon
  • 1 gousse d'ail
  • des cacahuètes, disons une bonne poignée, de préférence décortiquées soi-même
  • de l'huile d'olive
  • 1 cuiller à soupe de pâte de curry rouge (au rayon "Cuisine du monde" ou mieux, dans les boutiques de commerce équitable)
  • 200mL de lait de coco
  • sel
  • 2 cuillers à soupe de jus de poisson (à côté du nuoc mam - lire les ingrédients : eau, extraits de poisson, sel)
  • 1 cuiller à soupe de sucre
  • pousses de bambou et/ou poivrons et/ou petits pois, etc.
  • 200g de poulet émincé en lanière de 3x1cm
  • (citron)
  • (basilic)


    Et maintenant, fais comme moi...
      Commence par décortiquer les cacahuètes (non salées), admire la jolie tête de Saint Nicolas qui se cache à l'intérieur.
      Pile comme tu veux, débrouille-toi (moi, je les mets dans une boîte ronde en plastique et j'écrase avec le fond d'un grand verre).
      Tous les matins, un quart d'heure, pour des bras plus jolis.
      Quand t'en as marre, laisse-tomber, ça suffit comme ça, prends une grande casserole et fais revenir l'oignon émincé et l'ail dans un peu d'huile d'olive (même s'ils ne sont pas partis).
      Ajoute les cacahuètes.
      Et puis la pâte de curry (vas-y mollo si t'aimes pas trop manger et épicé, tu pourras toujours en rajouter par la suite).
      Et vite, le lait de coco. Aux dernières nouvelles, 'y en a du light, c'est formidable.

      Baisse le feu, et assaisonne de sel, de sucre et de jus de poisson (pour saler plus, mais n'en abuse pas, sinon c'est immangeable).
      Eventuellement quelques gouttes de citron si ça te chante.

      Et hop, c'est l'heure des poivrons (coupés en dés) et des p'tits pois (c'est mon choix), autant qu'il en faut pour que ça nage encore un peu dans le jus.
      Deux minutes avant la fin, mets-y le poulet.

      Goûte voir un peu c'que ça donne, rajoute de la pâte de curry ou du sel ou c'que tu veux, et juste avant de servir (avec du riz), parsème de basilic.


    Et voilà,
    'y a plus qu'à manger avec les baguettes.


    (photo non contractuelle)


    Avalé tout entier par les cousines et the man (je n'te dis qu'ça).

  • 06 décembre 2006

    Médecin sans frontières : Voyage à Crédit

    Allez, ça suffit les calinotades, ça rigole plus maintenant, un peu d'sérieux dans les rangs !
    Oh, bah fais pas cette tête, tu vas voir, j'vais te parler de quelqu'un qui a du style, la classe internationale, le talent incontestable.

    Ca a débuté comme ça, il y a 2 ans sur une plage italienne, l'Uomo lisait avec absorption (non non, pas un maillot Pampers) le premier roman de Céline Ma vie, mon R'né, tandis que j'essayais de venir à bout du pavé d'un auteur aussi tristement célèbre parce que collabo : Drieu la Rochelle.
    Et donc ça n'a pas loupé, j'y ai goûté moi aussi à ce fameux Voyage au bout de la nuit (1932), avec mes a-priori sur Céline (ses pamphlets antisémites, ça t'dit quelque chose ?) et ma jalousie (même si c'est un peu difficile de se mesurer à un bouquin).

    Et me voilà emportée dans les aventures de Bardamu, curieusement similaires à celles vécues par Céline pendant et après sa Première Guerre Mondiale, mais je n't'en dis pas plus : j'suis un gentleman (j'en ai dit à peine plus ), je laisse Michel Simon faire :


    Fin du premier épisode.

    Tandis que je m'efforçais d'étouffer tout ce qui pouvait me rappeler l'amour perdu, y compris le Trivial Pursuit, Céline, le Fluocaril et moi-même, un beau jour de juin je me suis retrouvée avec un quart de siècle à l'état civil et Mort à crédit illustré par Tardi dans la boîte aux lettres. Inacceptable, retour à l'expéditeur, réenfouissage désespéré.

    La suite, tu la connais : la méduse échouée a été rattrapée par la vague de l'amour retrouvé, et donc le dossier Céline a été réouvert (par contre, pour le Trivial Pursuit, on joue plus avec le plateau, 'y en a qui sont mauvais perdants quand je gagne à coups de grelucheries au hasard, ET mauvais gagnants (!) parce que soi-disant je fais exprès d'être bête. La possibilité qu'Il soit un cerveau ambulant est évidemment écartée d'emblée par le mauvais joueur en question...).

    Alors j'ai lu et regardé Mort à crédit (1936), largement d'après l'enfance et l'adolescence du petit Ferdinand jusqu'à la Guerre de 14, j'ai été intriguée, écoeurée, charmée, amusée, bouleversée, j'ai ri, j'ai pleuré, j'ai aimé.

    Un extrait lu par Arletty

    Certains préfèrent Voyage au bout de la nuit, moi, je ne m'en souviens pas assez bien pour comparer, mais le style "Céline", c'est dans ce deuxième roman qu'il l'a parfait. A coups de dialogues tout ce qu'il y a de plus crus, la poésie de l'argot 1900, la musique du petit commerce sur le déclin, la peinture de ce Paris vu par un enfant aux yeux écarquillés et tout l'cinéma qui va avec.

    Un petit extrait pour te mettre en appétit - l'action se déroule sur un bateau :
      "Elle se retourne alors toute la tête d'un seul coup dans le sens du vent... Tout le mironton qui lui glougloutait dans la trappe elle me le refile en plein cassis... J'en prends plein les dents, des haricots, de la tomate... moi qu'avais plus rien à vomir !... M'en revoilà précisément... Je goûte un peu... la tripe remonte. Courage au fond !... Ca débloque !... Tout un paquet me tire sur la langue... Je vais lui retourner moi tous ses boyaux dans la bouche." etc. (p.130 en Gallimard Folio)
    Moins exagéré, plus touchant (quoique) - c'est d'abord la mère éclopée qui parle :
      "On l'aura la femme de ménage ! puisque ça lui fait tant plaisir !... sans compter que j'en ai bien besoin ! Ce sera pas du luxe !
      Ma mère, c'était du nougat pour elle, un nouveau truc bien atroce, un tour de force miraculeux... c'était jamais trop rigoureux, trop difficile ! Elle aurait bien aimé au fond à se taper le boulot pour tout le monde. A traîner toute seule la boutique... et la famille entièrement, entretenir encore l'ouvrière... Elle cherchait jamais pour elle à comparer, à comprendre... Du moment que c'était infect comme labeur, comme angoisse, elle s'y reconnaissait d'autor... C'était son genre, son naturel [...] elle y tenait énormément à sa condition féroce...
      " (p.310-311 en Gallimard Folio)
    D'une manière générale, il y a de la douleur, de la haine, de la violence, mais par-dessus tout, il y a l'amour, la nostalgie qui transpire malgré tous les efforts de Céline pour crier la vérité pouilleuse et sans espoir d'un petit monde qu'il n'a en fait vraiment découvert qu'adulte, en tant que médecin.

    "A côté de Mort à crédit, le Voyage au bout de la nuit est une pâle promenade. [...] Pendant 700 pages, la misère de l'homme crie, suinte, déborde, rumine, stagne, jure, halète... Le langage - ce langage de Céline, grossier, scandaleux, monotone, pléthorique, magnifique par éclairs, devient pareil à un géant abominablement isolé, englué dans une bourbe sans espace ni temps, sans passé ni devenir."
    (Yanette Délétang-Tardif, Mort à crédit par L.-F. Céline, Les cahiers du sud, juillet 1936)

    Comme l'évoque Elizabeth Craig, une des ses maîtresses, quand il s'enfermait pour écrire, que la journée ait été belle ou pas, il avait comme le besoin de plonger dans la noirceur de la vie des plus démunis, dont il cherchait à s'imprégner en allant se promener dans les quartiers misérables de la capitale et de la banlieue.

    "Le livre est d'une obscénité déjà célèbre, qui ne me paraît point gênante parce qu'elle est esthétique. Et c'est justement là-dessus que doit s'engager le débat."
    (Paul Nizan, Pour le cinquantenaire du Symbolisme - Mort à crédit par L.F. Céline, L'Humanité, 15 juillet 1936)

    Céline, c'est un mélange de beauté et d'obscénité, de lyrisme et de détresse, par l'ancrage dans le réel, la distorsion de l'imaginaire et l'exagération, l'insistance sur les détails les plus impudiques (certains passages ont d'ailleurs été remplacés par des blancs dans les premières éditions). Le travail de la langue, du rythme, tout concorde à produire un effet rare.

    La suite est dans Casse-pipe (1949, son incorporation au Régiment juste avant guerre, inachevé), et puis Guignol's Band (1944, 1964), mais entre-temps les Pamphlets.
        Louis-Ferdinand Destouche, médecin humaniste
        Céline romancier, pacifiste
        Céline pamphlétaire, antisémite et collaborationniste
    Alors qu'il mettait des années à composer ses romans, il crachait ses Bagatelles pour un massacre (1937) et autres dénonciations aberrantes en quelques mois.

    "Ce n'est plus de la haine dans Bagatelles pour un massacre ! mais un programme !! une invitation à la Saint Barthélémy !!!" (le peintre Vlaminck à Lucien Descaves)

    Beaucoup se sont demandé d'où pouvait surgir toute cette haine, cette laideur à côté de l'oeuvre admirable (avec Voyage, il a manqué de peu le prix Goncourt 1932, et mal accepté le prix Renaudot comme lot de consolation), on avance la peur d'une nouvelle guerre, l'humiliation professionnelle, l'identification d'un dénominateur commun, la haine du Juif.
    Un résumé de ce qui a pu faire glisser Céline vers l'immonde, acclamé à l'époque, humilié à la Libération, certainement sincère et inconscient, d'une certaine façon touchant, et impardonnable.

    Revenu d'exil en Allemagne puis au Danemark, libéré de prison, il reprendra la plume pour un exercice bien plus intéressant, ce sera Féérie pour une autre fois (1952, 1954), D'un château l'autre (1957), Nord (1960) et Rigodon (1969, dont le remaniement a été interrompu par sa mort), quatre romans qui n'en font en fait qu'un, racontant 39-45 l'après-guerre.

    Il y aurait encore beaucoup d'autre choses à dire, à questionner, mais ce n'est pas de mon ressort, je te laisse avec cette conclusion extraite de l'excellent Céline, ça a débuté comme ça de Pascal Fouché dans la collection "Littératures" des Découvertes Gallimard, avec des photos et des documents passionnants :

    "Il reste qu'il est aussi nécessaire pour les uns de savoir ce qu'ils acceptent que pour les autres de savoir ce qu'ils refusent exactement dans Céline. Dans ses romans, nous consentons à lire ce que nous rejetons au premier mot s'il nous arrive de le rencontrer, à l'oral ou à l'écrit, de la part de gens qui n'ont pas la force de Céline romancier. Est-ce sacraliser la littérature ? lui subordonner la morale ou l'oublier ? Mais il est parfaitement possible de lire Céline et de conserver intactes et actives nos convictions, qui sont le contraire des siennes."
    (Henri Godard, Céline scandale, Gallimard, rééd. Folio 1998)