Crash test : try again
Hier soir, toujours en rade de quoi que ce soit d'intéressant - et de décent - à te dire, j'ai entendu une voix. J'ai éteint la radio, et plus rien. Mince, j'm'imaginais déjà (pas mince, non, je laisse Martin lutter pour des rêves qui en valent la peine) me voir proposer de faire une pub pour de l'eau (et de l'argent) en mettant mes chaussettes ou mes bas (allez, trois googleurs vicieux tombés dans l'panneau, trois !).
Après cette grosse déception, j'ai inspiré un grand coup, et l'inspiration m'est venue : "Ma p'tite greluche, 'y a un film majeur que t'as pas vu, un film d'actualité, tout juste sorti en dvd, alors tu vas arrêter de snober les trucs dont tout le monde parle, tu vas bosser un peu". Direction le videoclub, et ô miracle, le dernier exemplaire m'attendait là, sur son étagère "Nouveautés". La poisse, j'allais donc devoir le regarder...
Une demi-heure plus tard, débarbouillée, crémée, pilule avalée, pyjama enfilé, et l'infusionnière à portée de main, je me glissai dans mon lit pour assister à une séance privée de Collision de Paul Haggis (2004), ou vingt-quatre heures de la vie d'une quinzaine de personnes suivies rétrospectivement à l'occasion de l'enquête sur un meurtre à Los Angeles.J'te promets, j'avais réuni les meilleures conditions pour passer un bon moment, mais la pilule n'est pas passée (j'ai laissé mon gynéco tranquille : l'oeuvre n'étant pas très féconde, j'pense pas qu'il y ait risque de grossesse, ouf).
C'est quoi mon problème ?
C'est le sujet, ou plutôt la façon dont il est traité, dans le fond et dans la forme.
Ou c'est que je n'ai rien compris au film, auquel cas n'hésite pas à m'expliquer ce que j'aurais dû comprendre pour y voir un chef d'oeuvre.
Le thème central, c'est la peur de l'autre, et particulièrement de l'étranger. Le racisme, quoi, mais pas comme idéologie, plutôt comme forme de pensée acquise suite à de mauvaises expériences ou pire, par intériorisation d'idées-reçues trop souvent entendues. Belle idée, qu'Haggis présente sous la forme d'un chassé-croisé entre les plus beaux spécimens du melting pot américain, la foire aux "minorités" (le sont-elles vraiment aujourd'hui ?), avec une thèse hallucinante par son opposition au fameux manichéisme américain : il n'y a pas des gentils Blancs et des méchants Benetton, non, c'est plus compliqué, en vrai, si on réfléchit (au moins 3 minutes 40), les parts d'ombre et de lumière coexistent en chacun de nous - le cinéphile expérimenté remarquera la subtile photo, sombre quand c'est pas bien, et d'une blancheur émail diamant quand il faut légèrement surligner en gras le "très bien, pourrait pas mieux faire".
La morale de l'histoire, comprise au bout de dix minutes grand maximum, c'est "A bas les préjugés raciaux". Mais comme le réalisateur veut être sûr de faire passer ce message à caractère de révélation, vas-y que j'te le dis et redis, à la sauce blanche, noire, latino, orientale, asiatique, assaisonnée d'hommes et de femmes, de petits, de grands et de vieux, de riches et de pauvres, de bien-portants et de malades. Saler, remuer, c'est prêt !
C'est indigeste.
Si dénoncer un problème d'une telle envergure est important, il faudrait aussi pouvoir apporter des pistes de réflexion, à défaut de solution toute prête.
Là, ce qu'on nous dit, c'est que étranger = peur = instinct de défense = attaque potentielle (intimidation) = humiliation = colère = erreur de jugement = paranoïa = peur, et c'est reparti pour un tour, jusqu'à c'que ça explose.
Alternative observée : la résignation, qui ne suffit pas toujours à apaiser la haine.
Et donc ?
A part un manteau pare-balles magique, je n'ai rien vu qui puisse désamorcer cette petite bombe à retardement.
Pas même la proposition, certes banale mais que je crois efficace, du dialogue.
Forcément, l'homme a peur, il a toujours eu peur et il aura toujours peur, à commencer de ce qui le menace directement : l'autre lui, le différent. L'Autre, c'est celui qui l'oblige à sortir de soi-même, à s'éloigner de son cocon "moi-même", avec le risque (pour les plus trouillards) de ne pas pouvoir retourner à soi (de mourir, quoi)... Bonjour l'angoisse.
C'est pour ça que les personnes qui cherchent à s'intégrer à tout prix, les résignées, ne sont pas forcément les mieux loties : pour elles, s'intégrer c'est se désintégrer.
Non, l'intégration ne doit pas être orientée vers un lissage à tout prix qui entraîne la méconnaissance de l'autre, mais vers une harmonisation des différences, une reconnaissance qui passe par le dialogue. Et pas seulement les mots, la paroles : le film présente un bel éventail d'insultes ethniques en tous genres qui n'amènent pas à mieux se connaître...
En s'arrachant les cheveux (je suis chauve, maintenant, c'est malin), on peut deviner la métaphore de la fermeture et de l'ouverture à travers les scènes de changement de serrure : la peur du "Perse", et aussi de la riche Blanche pousse à se fermer au monde extérieur et empêche d'entendre la bonté de l'autre (le serrurier qui lui conseille de changer sa porte) ce qui aboutit à l'effraction, alors que l'ouverture à l'autre (la porte tantôt ouverte, tantôt fermée, par l'un et l'autre) permettrait d'apaiser le climat de tension et de mieux vivre ensemble.
Plus évident (?), le parallèle entre la scène de l'accident de voiture de la femme du réalisateur de série pour Noirs, où vient tenter de la sauver le même policier qui, la nuit passée, l'avait fouillée de façon humiliante lors d'un contrôle routier, et les relations américano-irakiennes : après un embargo irakien interminable orchestré par les Etats-Unis, ceux-ci attaquent le pays de Saddam Hussein et arrivent en libérateurs (pas trop tôt) d'un peuple jusque là démuni à cause d'eux.Doit-on comprendre que la "race" déterminera les relations humaines tant que l'homme s'y soumettra, comme le dictateur a tenu le peuple jusqu'à ce qu'il s'en soit libéré ?
Alors comment se libérer du racisme ?
Le problème est complexe, et le tort d'Haggis, à mon avis, est d'avoir souhaité le traiter de façon quasi exhaustive le temps d'un film.
Ce format est beaucoup trop court, il ne permet aucune analyse en profondeur, et c'est finalement en voulant égratigner les préjugés xénophobes qu'il se retrouve à réaliser une caricature de chacun des personnages, à forcer le trait (craignait-il d'être accusé de racisme s'il n'exagérait pas énormément toute scène d'altercation interculturelle ?).
La très bonne intention de départ n'est pas assez creusée, et malgré des efforts de forme, des idées intéressantes, le film ne tient pas debout, on n'y croit pas.
Par exemple, le côté chorale de tous les personnages dont on fait trop vite le tour, que l'on quitte, que l'on retrouve, que l'on quitte à nouveau, que l'on retrouve finalement, cette construction rythmique aurait pu maintenir le spectateur intéressé, mais le rythme est monotone, et on finit par s'ennuyer à force de voir se répéter le même scénario dans toutes ses déclinaisons culturelles possibles.
Autre point gênant : la violence du film. Non pas que la violence soit un problème pour moi, si elle a un sens, pourquoi pas. Mais là, les quelques scènes de violence sont "réparées" après-coup, ce qui fait qu'on ressent toute la violence d'une scène qui n'est pas seulement suggérée, et qu'une fois le sentiment d'horreur suscité, on apprend que c'était une feinte, tout le monde va bien (sauf pour le meurtre central) :
- la Blanche qui échappe à la tétraplégie suite à sa chute d'escaliers,
- la Métisse sauvée in-extrêmis d'un accident de voiture,
- la fillette même pas touchée par une balle tirée à un mètre d'elle,
- l'Asiatique fauché par un 4x4 et qui s'en sort bien.
Haggis n'assume pas ou quoi ?
A cela s'ajoutent des plans proprets comme une série du dimanche après-midi, et une musique mal appropriée : le mélange d'inspirations traditionnelles, orientales, sirupeuses accompagnant des scènes dramatiques pourrait être un exercice de style, mais trop, c'est trop, ça fait penser aux novelas alors que ce n'est manifestement pas le genre de la maison.En somme, c'est un film de scénariste qui a trouvé LE thème salvateur pour séduire une Amérique engluée en mal de rédemption.
Le racisme, c'est le Mal.
Et j'ose le reprocher (par contre, je ne fais pas de croche-pieds aux vieilles dames).
Non, franchement, n'aurait-il pas été plus intelligent de faire un film à partir d'un très bon scénario, avec un réalisateur moins scolaire, et au casting comme dans la vraie vie : multi-ethnique (je ne parle pas de quotas) ?
Si les producteurs osaient faire ce grand saut, les acteurs de toutes origines auraient droit à autre chose que des rôles dont la condition première est la couleur de peau. Et l'image ferait reculer la xénophobie.
Au lieu de ça, on a un film sur le racisme, avec un casting hors du commun, qu'il fallait oscariser parce que quand même, c'est gonflé (quoiqu'il manquât des Vahinés).
Alors oui, je suis déçue d'avoir vu ce film, je pensais qu'un Oscar, c'était une récompense artistique et pas politiquement correcte.
Mon évaluation : Collision* (j'en aurais peut-être mis une deuxième si on n'avait pas fait tout ce raffût)

Pour couronner le tout, j'apprends que Paul Haggis est le scénariste de Million Dollar Baby, Oscar 2005. Je ne l'ai pas vu, je projetais de le faire, je ne sais plus : je n'ai entendu que de bonnes critiques, mais me voilà à mon tour avec un a priori négatif... je devrais sans doute ouvrir le dialogue avec :) .
Le p'tit bleu de a n g e l...
ok un film que je ne verrais pas alors
par contre million dollar baby, si je pmuis me permettre, c'est quand même achement bien, mais bon faut prévoir les kelenexs, enfoiros d'eastwood tiens.
Le p'tit bleu de La gReLuChe...
C'est clair que Clint est un gage de qualité...
Le p'tit bleu de ...
Enfin, "Clint est un gage de qualité"... quand il le veut bien. Parceque Space Cowboys, c'est pas Mystic River.
Le p'tit bleu de La gReLuChe...
Et toi, t'as vu Million Dollar Baby ?
C'est tip top comme tout le monde dit ?
J'ai pas vu Space Cowboys, par contre, Mystic River**** est proche de la perfection, c'est vrai :)
Le p'tit bleu de ...
Nan, je n'ai pas vu Million Dollar Baby (j'ai vu The Million Dollar Hotel, mais on est très loin de la catégorie de films dont on parle sur ton blog - en fait, il ne doit pas y avoir le moindre rapport, juste une vague homonymie :) ).
Cela dit, mes goûts sont assez "pop" (en matière de cinéma), donc mon avis pour ce qui est de considérer un film comme "tip top" ou pas, il n'engage que vraiment que moi.
Exemple : j'ai beaucoup (vraiment beaucoup) aimé La Vie Aquatique. Pourtant, on est très loin de Mystic River. Ou bien Sonatine (celui de Kitano). Pas des oeuvres majeures, pourtant placées bien bien haut dans mon panthéon personnel.
P.S. J'ai même pas vu "Deer Hunter", en vrai.
Le p'tit bleu de brother_jean...
The Million Dollar Hotel, tip top
Le p'tit bleu de La gReLuChe...
Mouais... pas tres bien vieilli je trouve - ou pas mon genre.
Mais pas mal :)



























