Les Cahiers de Brouillon du Cinéma
Contrairement à ce que suggère le titre, The Deer Hunter n'est pas un film à la Supersize me où le BigMac serait remplacé avec dédain par des Daims, chocolats en vente dans tous les bons magasins Ikea (c'te pub... j'me demande si j'ai l'droit, tiens).Non, c'est un film sur la chasse au daim, voire au cerf, à c'que j'ai vu.
Mais pas que.
Le titre français, Voyage au bout de l'enfer est plus explicite, donc moins bon, je trouve, et encore pas complètement approprié. Mais "La Chasse au Cerf", ç'aurait été difficile à dire, "Un chasseur de cerf chassant sacher doit savoir chasser...", pfff.
Stop, j'suis pas sûre que la critique d'un film doive s'étendre autant sur le titre.
Oui bah hein.
Bien, il est temps d'entrer dans le coeur du film. Le coeur du film, quand je l'ai vu au Quartier Latin,
ouais ouais, avec barrage de CRS :
- "Mademoiselle, vous allez où ?
- Au Quartier Latin.
- Vous vous foutez d'moi ? On y est !
- Francis, c'est le nom du cinéma, derrière toi
- Ah ok. Bon, ouvrez votre sac, voir.
- Hein ? Encore ? Ca devient du voyeurisme pervers !" (non, ça, en vrai, je l'ai pas dit)
C'est-à-dire un blanc de dix bonnes minutes le temps de changer la bobine ou de la scotcher, je sais pas. Pile-poil à un moment où que j'allais peut-être, je dis bien peut-être, verser une petite larminouillette.
Oui, oui, elle avance mon histoire, elle arrive ma critique.
Alors le film de Cimino, moi, je croyais que c'était Bizarrement, j'ai du mal à me souvenir précisément du film de Francis Ford Coppola, ma mémoire y associe l'épisode de Bardamu en Afrique dans Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline. Mais ouf, ce n'est pas si absurde que ça quand je lis la fiche du film : le scénario de Coppola est inspiré du roman Heart of Darkness de Joseph Conrad, dont l'action se situe au Congo à la fin du XIXème siècle.
Chronologiquement, on a :
- "Au coeur des ténèbres" (1898),
- "Voyage au bout de la nuit" (1932),
- "Apocalypse Now" (1976-77 pour le tournage, 1979 pour les Oscars),
- "Voyage au bout de l'enfer" (1978)...
J'comprends mieux pourquoi ce titre a été choisi pour la France.
Et ma trouvaille n'en est pas une puisqu'ici, il est clairement dit que Céline s'est inspiré de Conrad. Sapristi.
Se présente donc à toi l'occasion de montrer que tout c'que j'ai dit et que je vais dire est en fait un assemblage d'idées déjà émises, et que ça sert à rien.
Apocalypse Now, c'est le Viet Nam et rien que ça. Vu et vécu par des Américains, avec la rage et le devoir d'aller jusqu'au bout, sur fond de Chevauchée des Walkyries. Oui, Wagner, c'est bien le genre de la maison.
Cimino, c'est un autre style, mais à l'époque, on ne le savait pas vraiment, et moi non plus. Je savais qu'il a réalisé le fameux Heaven's gate (1980) - que je ne consentais à voir qu'après The Deer Hunter, question de respect de la chronologie.
Si Jacques Lourcelles, dans son Dictionnaire du cinéma écrit :"Cimino tente de bâtir un cinéma épique et wagnérien", je réponds oui mais non. C'est vrai, j'ai vu le film comme on écoute une musique, j'ai entendu des mouvements changeants et toujours pénétrants, forts, puissants, mais ni belliqueux ni conquérants comme du Wagner. Je pense plutôt à Beethoven ou Chostakovitch, mais ça n'est pas tout à fait ça non plus.
On dirait que ce serait une symphonie, mais pas classique, en trois parties, d'accord ?

Le début est chaleureux et entraînant, d'une longueur envoûtante (la "scène" du mariage, de l'Eglise à la fête, est d'abord descriptive et didactique, puis incite à la contemplation. Arrive un moment où le spectateur réalise que ça dure encore et encore, et le charme opère, la scène devient captivante, prenante, dépassant le réalisme pour plonger dans l'impressionnisme), et déjà incrusté de violence : le travail à l'acierie (le bruit), la colère de la mère de Nick qui ne veut pas qu'il se marie (les cris, les coups), le père de Lynda qui la frappe (les coups), les choeurs au chant trop authentique, imparfait, la dureté de la vie dans cette ville ouvrière (l'usine omniprésente, le froid), la rude camaraderie entre les hommes, la chasse, et bien sûr le spectre du départ à la guerre de trois d'entre eux deux jours plus tard, laquelle éclate avec autant de force que ce qui précède est charmant.
Violence d'abord physique, sonore : l'attaque de la ferme viet-namienne, la grenade jetée dans la tanière où se sont réfugiés des civils, l'acharnement de Michael sur un homme archi mort, le feu, le bruit des armes, de l'hélico, l'assaut ennemi, qui s'installe dans une torsion mentale absolument déroutante : les conditions de détention, l'eau, les rats, la torture, les cris des tortionnaires. A tant jouer avec le feu de la folie, si longtemps encore : la roulette russe, le spectateur consent presque à perdre pied.
La vie sort finalement victorieuse de ce conflit face à la mort, mais au prix d'une morbidité désormais prégnante, imprimée dans son sein : Les trois amis s'en sortent, mais pas indemnes. Steven, apparemment le plus fragile psychologiquement, est amputé des deux jambes et d'un bras,
Nick, plus fort, verse finalement dans la folie,
et Michael, le plus solide, s'en tire avec l'impossible à dire, à communiquer. En fin de compte, cette expérience renverse les rôles : Steven, en se mariant, était le plus "normal", conventionnel, et craque le premier ; Nick, avec sa demande en mariage à Linda, suit le même chemin, et perd le contact avec la réalité ; et Michael, alors qu'il était le moins intégré dans la communauté (ne fait pas le signe de croix, boit au lieu de flirter, n'accepte que la présence de Nick pour l'accompagner à la chasse), l'"anormal", le fou en quelque sorte, apparaît comme le plus sensé, le plus lucide..
La paix d'avant, celle avec laquelle on s'arrangeait, est définitivement perdue, et perpétuellement menacée comme le symbolise le geste impulsif de Michael, risquant de tuer son camarade lors de la deuxième partie de chasse. Ce geste prolonge la scène où, comme hanté par son expérience de guerre, il s'accroupit, les mains jointes, en position de détenu, donc fragilisée.
Pour tenter de s'en prémunir, certains veilleront avec lucidité, à garantir cette harmonie, à la garder en tête en permanence Michael, une conscience de guerre ? ; d'autres s'en remettront sans grande conviction à une force supérieure, divine (le God bless America de la fin).
Plus précisément, la structure apparaît organisée en cercles concentriques.
- Le cercle le plus large, celui qui ouvre et ferme le film, est celui de la communauté dont sont issus les personnages principaux, immigrés slaves de première ou deuxième génération.
- Les scènes relatives au mariage sont montrées dans leurs moindres détails notamment grâce à une utilisation du temps inhabituelle au cinéma, toujours plus long qu'il n'est nécessaire pour que le spectateur comprenne ce dont il s'agit, mais d'une durée juste pour qu'il baigne dans la culture où s'enracinent les héros, ce qui le rend plus capable d'empathie envers eux et ce qu'il va leur arriver.
On se surprend à sourire en voyant les témoins Linda et Michael porter maladroitement les couronnes au-dessus des têtes des époux, on s'amuse de la méprise d'une jeune femme "coincée" croyant que Michael lui fait les yeux doux alors qu'il s'adresse à Linda, on est attendri par les deux petits vieux endormis à l'écart des fêtards... - En écho au mariage, le film se referme sur les funérailles, cérémonie traditionnelle rassemblant les mêmes personnes à l'Eglise.
Mais il me semble qu'il est moins fait référence à la tradition de la culture d'origine, comme si cette guerre avait rendu indispensable la construction d'une identité américaine (patriotisme sans lequel cette guerre, ses malheurs, n'aurait pas de sens), comme si le rappel des profondes racines - coupées par l'acte d'émigration - ne garantissait plus d'assises suffisamment solides. Dès lors, les héros chantent "God bless America" du bout des lèvres, puis en choeur, et l'on peut y voir naître l'espoir d'un avenir meilleur pour et avec la terre d'accueil (sinon c'est la désillusion, le vide, l'absurde, la mort), mais aussi une critique des Etats-Unis partis en guerre trop sûrs d'eux, aveuglés par leur puissance (divine ?) fraîchement prouvée au monde entier, encore animés par un esprit de conquête (le far far west), et qui devraient plutôt veiller sur le peuple comme le pays demande à Dieu de veiller sur lui.
- Les scènes relatives au mariage sont montrées dans leurs moindres détails notamment grâce à une utilisation du temps inhabituelle au cinéma, toujours plus long qu'il n'est nécessaire pour que le spectateur comprenne ce dont il s'agit, mais d'une durée juste pour qu'il baigne dans la culture où s'enracinent les héros, ce qui le rend plus capable d'empathie envers eux et ce qu'il va leur arriver.
- Un cercle plus resserré se forme autour des hommes, cinq exactement.
- Il est esquissé avant le mariage à la sortie de l'acierie et au bar, et prend de l'épaisseur à l'occasion de la journée de chasse. Les caractères se précisent, on devine les relations tissées entre les uns et les autres.
Entre-temps prend place la scène réunissant Michael et Nick parlant de la guerre qui les attend tous les deux, dialogue à bâtons rompus sans doute facilité par l'ivresse de Michael, nu, moins dans la retenue, relâchant la pression avant de devoir vivre avec elle au Viet-Nam. Nick demande à Michael de faire en sorte que s'il lui arrivait quelque chose, son corps soit rapatrié ici, dans cette petite ville minable, chez lui ("go home"). Et Michael lui demande de l'accompagner à la chasse, témoignage de profonde amitié et de confiance (les autres sont des cons). - Parmi les trois appelés, Steven est le moins viril. Il a épousé Angela parce qu'il l'aime, et parce qu'elle est enceinte - d'un autre. Il ne l'a jamais touchée.
Nick est plus mystérieux. Sa demande en mariage à Linda sonne plus comme l'envie du moment, dans le feu de la fête, sous la pluie de symboles culturels, que comme une décision sûre et réfléchie.
Michael, le héros central, semble le plus impénétrable, mais Cimino nous aiguille par quelques détails le rendant proche de nous malgré son côté taciturne, son exigence à l'égard des autres et de lui-même, sa rudesse.
La fermeture de ce cercle répond à son ouverture : à nouveau l'aciérie, la partie de chasse. Mais rien n'est plus pareil. - Il est esquissé avant le mariage à la sortie de l'acierie et au bar, et prend de l'épaisseur à l'occasion de la journée de chasse. Les caractères se précisent, on devine les relations tissées entre les uns et les autres.
- Le cercle central est celui de l'homme seul face à lui même, dans la situation extrême qu'est ici la détention aux mains de tortionnaires excités par le jeu de la vie et de la mort, n'y accordant que le prix de leur mise à la roulette russe.
- Le lien peut être établi avec deux scènes de chasse qui se répondent, lorsque la première fois Michael tue le cerf au prix d'une seule balle, comme il s'en est fait une devise, et la seconde fois, où il renonce... le coût de la vie est-il inestimable ou sans valeur ?
Cimino fait une autre fois le parallèle entre la chasse et la guerre, avec deux plans, l'un lors du retour des chasseurs avec le cerf harnaché sur le capot de la voiture, l'autre quand Michael dépose Nick, blessé, sur le capot d'une jeep de Viet-Minh au milieu de la foule en exode vers le Sud. - Steven est le premier à ne plus pouvoir faire face. La peur est trop envahissante, et il s'en sort miraculeusement et grâce à Michael. Sa solitude devient celle de l'invalide, préférant une vie végétative à sa famille, dont il faudrait affronter le regard de pitié.
Nick supporte l'atroce réalité tant qu'il faut, mais une fois la tension abaissée, il trouve refuge dans la folie. Folie du jeu avec sa propre vie, solitude du fou noyé dans son délire - il ne fait même pas ça pour l'argent (qu'il envoie à Steven).
Michael, enfin, garde la tête haute, les yeux vers l'avenir, un avenir qui devient présent, un présent déchiré par son passé de vétéran. Comme avant, il préfère la solitude, il ne veut pas de cette petite fête organisée en son honneur, un honneur qui lui en a bien trop coûté.
- Le lien peut être établi avec deux scènes de chasse qui se répondent, lorsque la première fois Michael tue le cerf au prix d'une seule balle, comme il s'en est fait une devise, et la seconde fois, où il renonce... le coût de la vie est-il inestimable ou sans valeur ?
Capable de se regarder en face, d'exiger d'elle-même une droiture, force tout contre laquelle son peuple pourrait grandir, une Amérique humaine, qui n'oublierait personne, qui partagerait sans attendre de retour, et qui ne frapperait que si le coup était sûr et sensé ?
Une Amérique puissante qui s'autoriserait à se mettre à nu, à se montrer authentique devant les autres pays de confiance, sans jouer le rôle de l'Etat modèle ?
Une Amérique humble et modeste, réellement grande en somme.
En fin de compte transparaît la ligne directrice du film : dans un contexte historique, le passage progessif de la fresque sociale d'un milieu précis à l'analyse psychologique des personnages principaux.
C'est peut-être la raison pour laquelle, moi, une fille, je préfère ce film de guerre à Apocalypse now, très construit mais moins sensible.
Avant de terminer, il serait dommage de ne pas parler de la distribution des rôles. Pour les plus connus, Robert de Niro (Michael) est encore parfait, Christopher Walken (Nick, ci-contre) a bien mérité l'oscar du meilleur second rôle en 1978, et Meryl Streep est trop bonne (actrice).Ah, et aussi, c'est très très long.
Les Monsieur Ronchon diront : "han, le mariage, on aurait pu y aller, on y est presque en live, c'est quand la guerre ?!" (ils finissent par être servis).
Les Madame Sourire seront ravies du détail du mariage, justement, mais trouveront les deux autres parties un peu trop violentes, "Si j'avais su, j'aurais mis du mascara waterplouf !"Les Monsieur et Madame Radin regretteront tout le long le prix exhorbitant du ticket ou bien seront satisfaits d'en avoir pour leur argent, "Trop cool, c'est comme deux ciné pour le prix d'un".
Conclusion : vois ce film, et si t'es déçu(e), hein ? quoi ? j'entends pas !
Messieurs les gens des Cahiers du Cinéma, j'ai fini.
Laché vo com'.
Le p'tit bleu de ...
"Lachez vos com'", vraiment ?
Bon, j'ai lu 40% de ton post, et je le reprendrais plus tard (demain, je travaille, moi madâmeuuuu).
Le titre est top : les cahiers de brouillon du cinéma, c'est magnifique.
Evidemment, c'est long, mais pour ce que j'en ai lu pour l'instant, cela me plait et me semble intéressant.
Le p'tit bleu de ...
Voilà, j'ai fini !
Une petite critique très personnelle, je trouve.
Le système de texte à surligner passe bien, en fait.
Sinon, pour le fond, va falloir que je vois le film, mais les films de guerre me rebutent toujours. Je ne sais pas par quel miracle j'ai vu Apocalypse Now (et je n'ai pas réussi à voir la Ligne Rouge, alors que tout m'y pousse pourtant - sauf que c'est un film de/sur-la guerre).
Le p'tit bleu de La gReLuChe...
N'aie pas peur de passer de l'autre côté de la barrière, moi, j'ai pas regretté (ai-je besoin de le redire ?)
Le p'tit bleu de ...
Dans une logique très vile, je pensais que tu aurais peut-être intérêt à inclure des liens amazon vers les films/livres/cds que tu cites.
Si tu as compulsé l'acte d'achat chez certains, pourquoi ne pas en recevoir le crédit spirituel ou bassement mercantile ?
Il me semble qu'Amazon favorise ce genre de partenariats, renseigne-toi !
PS : on ne devient pas très riche, rassure-toi :)
Le p'tit bleu de ...
Après avoir erré sur Wikipédia, je suis tombé sur un article de Frank Schalk, un grand du cinéma ou je ne sais plus, que j'ai trouvé passionnant : il explique en quoi Taxi Driver (1976) pourrait être une suite antérieure au Voyage au bout de l'Enfer (1978), ou du moins comment DeNiro aurait imaginé le personnage de Michael comme le précédent Travis.
Je te laisse lire l'article en entier parce que l'auteur expliquera tout ça beaucoup mieux que moi.
C'est terrible, mais pour moi, Taxi Driver vient d'éteindre la lueur d'espoir sur laquelle se termine Voyage au bout de l'Enfer.
Le p'tit bleu de La gReLuChe...
Groucho Marx > C'est un honneur, Monsieur, mais... je vous croyais mort !
Concernant votre idée, je ne sais pas si Karl la trouverait à son goût...
Moi, non : je ne cherche pas à susciter l'achat compulsif mais à donner envie.
Consommer n'oblige pas à acheter... les médiathèques, c'est bien pour tout le monde :)
(Maître Capello et Alain Rey se joignent à moi pour dire : Attention, "compulser" n'a rien à voir avec "compulsion" et vous souhaitent bien l'bonjour)
Qui > Merci ! J'ai pas Word, mais dès que je peux, je le lis. Si j'ai des trucs à dire, ça se saura :)
Le p'tit bleu de ...
Mais on peut le lire avec Page, avec TextEdit, etc... :)
Et pour terminer, si tu mets les liens vers Amazon tu auras une trace de l'envie que tu suscites en plus des centimes générés par l'achat !
Le p'tit bleu de La gReLuChe...
Le commentaire le plus long et le plus intéressant :
Voilà, c'est lu. C'est invraisemblable.
J'ai du mal à accepter l'idée que l'auteur puisse imaginer avec autant de conviction que De Niro a travaillé son rôle comme ça.
Il effleure l'approche psychologique, et s'il allait au bout (dans la limite des éléments diagnostics donnés dans les films), il verrait que ça ne tient pas debout, en tout cas pas suffisamment.
Ses arguments sont tous démontables :/
Exemple, pour n'en donner qu'un..., sur le maniement des armes : sa passion pour la chasse - la dernière étant programmée juste avant le départ à la guerre, comme une préparation psychologique, un déstresseur - et sa discipline aideront Michael à faire face, au Viet-Nam. A son retour, l'épisode de roulette russe avec Axel pourrait être le signe d'un syndrome de répétition. Par contre, Travis a une passion psychopathique des armes, peut-être déclenchée par la guerre, mais pas de l'ordre de la névrose.
Ils ont et vont péter un câble, mais pas sur le même versant : l'un psychotique (j'hésite entre l'état limite ou la forme psychopathique de la schizophrénie... j'me souviens plus hyper bien de Taxi Driver), l'autre névrotique (sur vague fond de personnalité obsessionnelle, Michael pourrait être sujet à une névrose traumatique, mais on n'en sait rien. En tout cas pas à la folie de Travis).
C'est bizarre parce que malgré ses bémols (c'est le même acteur, le même événement marquant et la même époque de réalisation), F. Schalk fantasme complètement sur De Niro, et paradoxalement, en l'analysant avec admiration, il rabaisse son talent, comme si l'acteur n'était pas capable de se détacher d'un rôle pour en composer un autre, certes proche, mais différent.
D'ailleurs, F. Schalk le dit lui-même : s'il y avait un rapprochement à faire entre deux personnages des deux films, ce serait entre Travis et Nick. Pas Michael.
Donc je comprends que l'auteur fasse le lien entre ces deux films sur lesquels De Niro a mis sa patte, mais pourquoi pas aussi relier New York New York, par exemple (toujours l'understatement du jeu, et une scène en particulier très ressemblante avec Taxi Driver) ?
Ou même Vol au-dessus d'un nid de coucou (le traitement de la folie) ?
Voilà, cette lecture est intéressante, mais pas du tout convaincante. Dommage, 'y avait du travail :)
Le p'tit bleu de ...
DeNiro aura fait le rapprochement entre les deux personnages, cela ne fait aucun doute à mes yeux.
De toutes façons, F. Shalk n'a jamais dit que Taxi Driver était une suite logique de VABE. Il a simplement relevé les ressemblances entre les deux films, sans en faire des réalités formelles, et essayé de voir dans quelle mesure ces similarités ont pu imprégner le personnage de Michael.
Ce qui est intéressant c'est de voir que pour DeNiro considère le rôle de Michael comme le plus gratifiant de sa carrière, "rewarding" pour être exact, que je n'arrive pas à traduire là tout de suite.
Et justement, je crois que ce sentiment d'accomplissement il ne l'aurait pas eu s'il n'avait pas incarné Travis auparavant.
Pour finir, Shalk ne dit pas que le traumatisme de Michael serait causé par la guerre, mais par le suicide de Nick. C'est ce drame qui serait pour lui à l'origine de la descente aux enfers de Travis.
Sinon je ne vois pas trop le rapport avec Vol au dessus d'un Nid de Coucou, vu que c'est Jack Nickolson qui en est l'interprète :)
Le p'tit bleu de ...
... ce qui ne me dispense pas d'écrire son nom correctement, Nicholson. Voilà.
Le p'tit bleu de La gReLuChe...
Que De Niro ait pu faire le rapprochement entre les deux personnages, ok, deux rôles portant sur une vie traversée voire rompue par la guerre du Viet-Nam, à 2 ans d'intervalle, ça force le rapprochement. Seulement, De Niro, moi, j'ai pas son avis (je ne sais pas à quoi renvoient les (2) de l'article), et surtout, s'il avait joué le rôle de Nick, et que Michael avait pu ramener Nick au pays, là, ok, j'aurais admis la linéarité de l'évolution de la personnalité de Nick-Travis (largement quand même).
Mais là, Schalk formule d'une façon outrageuse une "hypothèse" : "It is entirely possible that DeNiro approached his role as Michael with Travis Bickle firmly implanted in his subconscious. In essence, it is conceivable that they are both the same character in the mind of DeNiro, only during different stages in the amalgamated character’s life (j'espère que non ! En tout cas, ça ne se voit pas). Incidentally, DeNiro considered his role as Michael the epitome of his career, because in a way, he explored the general character of the Vietnam vet with a humanity and a spark of hope that was unmistakably present in the Deer Hunter.(2)"
Il ne parle donc pas des similarités du personnage de Michael avec Travis (qui d'ailleurs, sont dues au scénario a priori, pas à l'acteur...), mais de l'amalgame +/- conscient (on ne sait pas : "subconscious", "mind" c'est pas pareil) qu'aurait fait De Niro. Qu'est-ce qu'il en sait ? Comment peut-il se permettre de l'affirmer sous le couvert de l'hypothèse ? Ce serait une question, à la limite.
Schalk parle de similarités, mais on ne sait jamais vraiment lesquelles "a type of role with a kind of familiarity" et "the same type of character" par exemple.
Bon, donc c'est le rôle (la forme), ou le personnage, sa personnalité (le fond) ?
D'ailleurs, il mélange les noms d'acteurs avec ceux de leurs personnages (Meryl Streep), c'est limite.
Plus loin, il écrit "With the role of Vietnam Veteran, DeNiro’s Travis Bickle and Michael share much of the same personality attributes and values in varying degrees. Its as if Michael was a more purely noble and heroic precedent and Travis Bickle was the resulting embittered, psychologically corrupted antecedent to the same person."
Je ne suis pas du tout d'accord, je l'ai déjà montré.
J'ai plutôt l'impression que c'est lui, Schalk, qui fait le lien parce que c'est le même acteur (et "Vol au-dessus d'un nid de coucou", je proposais de le relier, justement pas par l'identité d'acteur mais par la similarité d'un des thèmes traités : le milieu psychiatrique et la psychose) et qu'il essaie de trouver les arguments objectivant son ressenti. Sauf que les arguments ne sont pas pertinents à mon sens. Je comprends qu'il puisse relier ces deux films (je ne l'aurais pas fait, je trouve ça intéressant), mais sa démarche est maladroite.
Quant à De Niro, ce qu'il dit de ce rôle, je ne sais pas si c'est un sentiment ou un constat. Avoir le rôle d'un bon héros, secret et physiquement éprouvant, dans un film qui aborde un thème chaud pour l'Amérique, et peut-être sensible pour lui-même (son entourage ?), c'est gratifiant. C'est même hautement oscarisable. De là à parler de "sentiment d'accomplissement" (au regard des ses autres rôles), je ne sais pas.
C'est ça le problème, on ne sait pas. J'ai l'impression que Schalk interprète tout pour confirmer sa thèse plutôt que d'y aller finement, en discutant. "DeNiro may have felt that the level of compassion he brought to Michael was a way of rectifying the thouroughly detached and alienated Vietnam vet character that essentialized Travis Bickle."
"Pour finir, Shalk ne dit pas que le traumatisme de Michael serait causé par la guerre, mais par le suicide de Nick. C'est ce drame qui serait pour lui à l'origine de la descente aux enfers de Travis". Ok, il dit : "After experiencing the triple entendre of the trauma of armed combat, losing his best friend, and failing to connect with the woman of his choice, Michael leaves to New York to start his life over. "
Ce qui pourrait avoir valeur de trauma chez Michael, ce serait la guerre, à quoi se surajoute la perte de Nick, son seul véritable ami.
D'abord la guerre : il n'est pas top niveau à son retour, il joue le prisonnier, accroupi dans sa chambre d'hotel, il porte le silence des traumatisés de guerre, et pour moi, l'acte de retourner là-bas n'est pas tant une attitude héroïque ou amicale que le besoin compulsif d'y aller, comme une nostalgie, un "go home" renversé. Le "home" de la violence de la guerre ou le "home" qu'est Nick ? Qu'était Nick. Lui, il a basculé, son "home" est désormais clairement la roulette russe. Si Michael est traumatisé par la perte de Nick, ce n'est pas par sa mort, mais par sa dépersonnalisation. (et concernant son échec sentimental, ce n'est pas un échec, c'est un impossibilité. C'est quelque chose en lui qui dit non, pas elle)
Conclusion : cet essai est intéressant à critiquer, comme souvent dans les bons films, plus on analyse, plus on se rend compte que tout le monde n'a pas perçu le film de la même façon...
Mais je reste campée sur mes positions :p
Le p'tit bleu de ...
Bon, je n'ai plus le courage de relire l'article.
J'aimerais comprendre ta position concernant l'impact du rôle de Travis sur celui de Michael...
Le p'tit bleu de La gReLuChe...
N'ayant pas l'occasion d'interviewer De Niro sur sa méthode de travail et sa vie à l'époque, je ne tiens pas à prendre une quelconque position.
J'imagine que le fait d'avoir joué Travis pourrait avoir le même impact sur le jeu de De Niro en jouant Michael que si Evelyne Dhéliat avait été météorologue avant de présenter la météo à la télé.
Sensibilisé par la première expérience, il pourrait avoir été plus rapide à la juste interprétation de son rôle, on est dans le même domaine thématique (un soldat Américain au Viet-Nam), mais pas le même domaine de compétences.
Rien de plus - à moins qu'on me le montre pertinemment...




































